Les lumières qui s’éteignent : cinémas et théâtres du Lot ayant fermé leurs portes ces dernières années

19/12/2025

Un constat qui interpelle : fermeture d'espaces emblématiques

D’après les chiffres de l’Observatoire de la Vie Culturelle en Occitanie (Sources : Observatoire des Politiques Culturelles, Région Occitanie, 2022), entre 2019 et 2023, au moins cinq cinémas et deux théâtres du département ont interrompu leur programmation ou baissé le rideau, de manière partielle ou définitive.

  • Cinéma Le Quercy (Cahors) : Passage en gestion associative, fermeture temporaire de salles (2020-2021) avant redéploiement partiel.
  • Cinéma L’Atalante (Gourdon) : A connu une fermeture expresse pendant la crise sanitaire, puis une réouverture réduite, fragilisée structurellement.
  • Théâtre Palais de Vaillac (Vaillac) : Cessation d’activité des représentations régulières en 2021.
  • Cinéma Lou Regalou (Martel) : Fermé depuis 2022, bâtiment en recherche de repreneur.
  • Salle des fêtes de Sousceyrac (transformée en cinéma associatif puis fermée en 2023).
  • Ancienne salle de spectacle du Vigan : Fermée en 2021, victimes d’un manque d’activités et de vétusté.

Des histoires qui s’écrivent en pointillé

Cinéma Lou Regalou à Martel : au cœur d’un village, les souvenirs en suspens

Le Lou Regalou faisait vibrer Martel depuis les années 1950. Un écran où se mêlaient films d’auteur, blockbusters familiaux et rencontres associatives régionales. Mais, confronté au renouvellement nécessaire des équipements techniques, à la baisse de la fréquentation (avec moins de 5 000 entrées annuelles en 2018, selon la CNC), et épuisé par une gestion bénévole, le cinéma a fermé en 2022. Faute de projet de reprise viable – bien que des habitants se soient mobilisés via une pétition –, le bâtiment attend une nouvelle vocation.

À titre d’anecdote, beaucoup de lotois évoquent le souvenir des séances spéciales « cinéma sous les étoiles » organisées par Lou Regalou, quand il fallait pousser les fauteuils dehors l’été, une singularité devenue rare.

Les « salles de fêtes-cinéma » : le casse-tête de la ruralité

Le Lot a longtemps été territoire d’expérimentation d’un modèle hybride : le cinéma porté par des associations dans des salles communales polyvalentes. C’est le cas à Sousceyrac-en-Quercy, où après la pandémie, l’association cinéphile de la salle des fêtes a jeté l’éponge.

  • Manque chronique de bénévoles ;
  • Obligations techniques (passage au numérique, adaptabilité aux normes PMR : Personnes à Mobilité Réduite) trop coûteuses pour de petites structures.
  • Fréquentation divisée par deux post-Covid ;

Ces fermetures entraînent une moindre diversité culturelle pour les villages concernés : selon l'Association des Cinémas de Proximité de France, dans plus d’1 commune du Lot sur 3, la salle de cinéma la plus proche est à plus de 25 km.

Le théâtre de Vaillac : une parenthèse durable ?

Installé dans le superbe décor du Palais Renaissance, le théâtre de Vaillac incarnait un rendez-vous d’été fortement identifié. La fin de son activité « permanente » en 2021, précipitée par le retrait des équipes associatives historiques et l’incapacité, pour la commune, d’assurer seule la gestion des événements, a laissé un vide.

Les festivals ponctuels se poursuivent, mais la programmation à l’année, source de découvertes et de rencontres pour les habitants du Nord-Quercy, ne retrouve pas son souffle initial.

Quelles causes derrière ces fermetures ?

Le Lot partage avec bien des territoires ruraux les mêmes fragilités. Mais chaque histoire de fermeture a ses ressorts propres — souvent, un mélange de contraintes budgétaires, d’évolution des usages et de renouvellement humain.

  • Vieillissement des exploitants bénévoles et manque de relève. (Source : Fédération Nationale des Cinémas Associatifs)
  • Obsolescence technique : passage au numérique, exigences en matière d’accessibilité et de sonorisation.
  • Choc du Covid : plusieurs cinémas lotois ont vu leur fréquentation reculer de 20 à 60 % entre 2019 et 2022 (données CNC).
  • Pression économique : le maintien de programmations de qualité avec des tarifs accessibles s’avère un casse-tête, surtout avec la hausse du coût de l’énergie.
  • Basculement des pratiques culturelles : plateformes de streaming, télévisions à domicile plus performantes, mobilité accrue vers les multiplexes des grandes villes voisines (Brive, Montauban) : la concurrence a changé de visage.

Des impacts locaux bien concrets

La fermeture d’un cinéma, d’un théâtre, ce n’est pas simplement une adresse de moins sur la carte culturelle. Cela a des conséquences tangibles sur la vie locale, l’accès à la culture, le lien social.

  • Appauvrissement de l’offre culturelle de proximité : selon le Centre National de la Cinématographie, près de 40 % des spectateurs en milieu rural ne se déplacent pas pour du cinéma hors de leur commune.
  • Perte de vitalité pour les commerces de centre-bourg, qui bénéficiaient du passage des spectateurs (cafés, restaurants, librairies).
  • Fragilisation du tissu associatif : dans le Lot, près d’un cinéma rural ou théâtre sur deux reposait en 2019 sur une cinquantaine de bénévoles (source : Association CinéLotois).
  • Moins d’opportunités pour les jeunes et les scolaires, souvent tributaires de ces structures pour les séances spécifiques (ciné-goûters, scolaires, ateliers théâtre).

Fermeture ne rime pas toujours avec disparition : quelques exemples de renaissance

Si plusieurs fermetures récentes ont eu lieu dans le Lot, elles n’annoncent pas systématiquement la fin d’une aventure : bien souvent, elles précèdent des reconversions ou des renaissances collectives.

  • Le Quercy à Cahors : Menacé d’une fermeture totale en 2020, le cinéma a été repris en gestion municipale puis associative, et a réussi à rouvrir partiellement 2 salles sur 3 en 2022, grâce à un plan de relance et au soutien du public.
  • L’Atalante à Gourdon : Soutenu par la Communauté de communes Quercy-Bouriane, il déploie peu à peu une programmation ciblant les familles, les scolaires et les festivals régionaux.
  • Les salles polyvalentes réhabilitées : Certaines communes, comme Labastide-Murat, optent désormais pour une programmation événementielle – ciné-débat, théâtre de passage – via des partenariats avec des compagnies ou circuits itinérants.

Côté théâtre, la multiplication des réseaux d’accueil itinérant (Trio…S, Agence de diffusion départementale) permet de combler, en partie, la disparition de salles fixes par une programmation « hors les murs ».

Regards croisés et paroles d’acteurs locaux

Aux lendemains d’une fermeture, c’est souvent la parole des habitants qui fait vivre la mémoire du lieu. Quelques témoignages recueillis auprès d’acteurs lotois illustrent cette attention portée à la préservation, voire à la réinvention, des espaces culturels.

  • Un ex-bénévole du Lou Regalou explique : « On tenait bon tant qu’on pouvait. Mais sans renouvellement, et avec l’énergie qui baisse, il fallait accepter de passer la main. L’idéal ? Que la salle revive avec un nouveau projet collectif. »
  • Une spectatrice de Vaillac : « Moins de théâtre régulier, c’est aussi moins de rencontres d’artistes, moins d’occasions de sortir. On s’adapte, mais il manque quelque chose… »

Vers un nouveau visage de la culture lotoise

Les fermetures de cinémas et de théâtres dans le Lot sont peut-être le revers d’une médaille brillante : celle d’une créativité qui se déplace, se réinvente. Si le modèle des petites salles fixes s’effrite parfois, l’envie de culture, elle, reste intacte : le public répond présent lors des festivals (Cahors Juin Jardins, Figeac Festival, Résurgence d’Art à Gourdon…), des projections en plein air, des tournées itinérantes.

À chaque fermeture, une nouvelle histoire commence à s’écrire. La question n’est pas seulement de conserver, mais de transmettre, d’inventer des chemins pour les artistes et le public d’aujourd’hui – et de demain.

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